La Russie, les sommets des Brics, l'Afrique : les étapes de la première tournée à l'étranger du nouveau président chinois Xi Jinping donnent une idée assez précise de ses priorités.
Grand artisan de la libéralisation de l'économie chinoise, Deng Xiaoping avait, en 1979, choisi les États-Unis pour son premier voyage à l'étranger en tant que chef de l'État, n'hésitant pas à se coiffer d'un Stetson pour bien marquer la rupture de son pays avec l'Union soviétique. Trois décennies plus tard, la Russie est redevenue un partenaire politique et économique majeur. Le 22 mars, accueilli en grande pompe à Moscou par Vladimir Poutine, Xi Jinping a confié que les résultats de cette visite de trois jours, la première depuis sa prise de fonctions, avaient « dépassé toutes ses espérances ».
Ce choix de Moscou ne doit évidemment rien au hasard : c'était un signal à l'adresse des États-Unis. Chine et Russie ont en effet des positions identiques sur nombre de sujets. Elles partagent surtout une commune volonté de peser sur la scène internationale face à l'Occident. Disposant l'une et l'autre d'un droit de veto au conseil de sécurité de l'ONU, elles en ont par exemple fait usage à trois reprises pour empêcher l'adoption de résolutions condamnant le gouvernement syrien. « Nous devons respecter le droit de chaque pays à choisir sa voie en toute indépendance et nous opposer aux ingérences dans les affaires intérieures des autres États », a estimé Xi devant des étudiants russes.
Dans un contexte de tensions avec le Japon et la Corée du Sud et de concurrence avec l'Inde, trois alliés des États-Unis, l'alliance russe est pour la Chine une nécessité. Les relations avec les États-Unis sont glaciales depuis des mois, et la récente visite à Pékin de Jacob Lew, le secrétaire américain au Trésor, n'a pas suffi à les réchauffer. Les deux superpuissances sont à la fois rivales et interdépendantes : les États-Unis sont le premier partenaire commercial de la Chine, laquelle possède près d'un tiers de la dette extérieure américaine.